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Portugaloid#01 :: Le bon sauvage en moi

août 30, 2010

Un jour de balade en forêt, mon père me lâcha crânement que les parcelles que nous croisions d’un bon pas étaient les nôtres. Un drôle d’effet, que ça m’a fait. Je levai les yeux et fus prise de vertiges, un vertige à la vue de ces longs eucalyptus qui chatouillaient le ciel, et un autre à l’idée qu’ils étaient un peu miens. Et après les vertiges, une angoisse : mais bordel qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de ces eucalyptus ???

Quand je débarque dans ma campagne, je suis comme catapultée dans le National Geographic. Des années pourtant, mais je ne m’habitue pas. Les paysages sont étirés en format cinémascope, les couleurs sont denses et pigmentées, presque saturées, la végétation est reine, majestueuse ainsi que lui ordonne son rang, la moindre perspective est presque trop ample être contenue dans le seul oeil humain. C’est là que je me rends compte que le reste de l’année revient à vivre dans une toute petite télé noir et blanc.

Mon père est incroyablement fier de son potager. Lui et moi avons toujours beaucoup communiqué à la faveur des jardins. La fierté de mon père est très légitime : poires, figues, pêches, citrons, oranges, raisins, tomates, haricots verts, pamplemousses, laitues, citrouilles, prunes, concombres, courgettes… N’en jetez plus. A la louche, ça nous fait bien du 18 fruits et légumes par jour. Anti-oxydés de la sorte, autant vous dire que dans la famille, nous avons pour coutume d’aller loin.

Les moutons, ne me demandez pas. Rien de particulier avec eux, pas de souvenirs d’enfance, pas d’anecdotes poilues, jamais la moindre engueulade. Juste ce petit jeu débile, lorsque je passe devant eux sur mon chemin quotidien de randonnée : je m’arrête, je les toise, ils me jaugent en retour, le menton levé, on se croirait dans West Side Story, on a grave envie de se casser la gueule, les moutons et moi, on se tient ainsi par la barbichette quelques instants -"Kestatoua, kesta ?" -  avant de repartir à nos vies chacun en sens opposé, une fois qu’on a bien joué à se faire peur.

Les quinze kilomètres jusqu’à Agroal sont tortueux mais le chemin en vaut la peine. Agroal est un village qui a les pieds dans l’eau, celle de la rivière Nabao. D’après ce que j’ai compris, c’est une eau qui déboule par les monts dans lequel Agroal est encaissé. Je dis ça, je ne suis pas bien sûre, et je voudrais bien les garder mes incertitudes, mes approximations. Elles sont issues de la culture orale, elles racontent des histoires un peu magiques : ici celle d’une source miraculeuse qui fouette les sangs – je l’avoue honteusement, j’ai gémi en y entrant – et qui guérit rhumatismes, arthrites, eczémas et autres calamités du corps humain. Voici donc pourquoi, entre deux banals bikinis, on y croise ces femmes habillées comme à la ville, sac à main, collier, robe en plissé soleil, venues tremper dans l’eau de roche des articulations que je devine douloureuses, en se tenant affectueusement par la main.

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5 Commentaires leave one →
  1. août 30, 2010 9:04  

    tu racontes bien la beauté.

    • août 30, 2010 9:25  

      Rôooo c’est un beau compliment, je suis très flattée (battements de cils)

  2. Foxy Crescendo permalien
    août 30, 2010 12:19  

    Super idée, vivement demain.

    • août 30, 2010 6:32  

      Demain, je sais pas… Tous les 2 / 3 jours pê. Je suis une tortue, c’est bien connu.

  3. août 30, 2010 10:10  

    Dis, il y a des chambres d’amis ? Enfin une chambre d’hôte ? Un jardin pour planter une tente ?

    Parce que là j’ai juste envie de foncer sur le site de la TAP et de réserver mes vacances 2011.
    Déjà deux ans que je n’ai plus respiré cet air et que je suis obligé d’acheter mes Superbock’s dans les pompes d’essences au Luxembourg.

    Magique.

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